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L'art de la contorsion

Le corps possède son imaginaire et sa logique.
La contorsion représente un corps étrange pour la plupart des gens. Il stimule l'imaginaire. Il peut provoquer les affects en « montrant l’horreur » dû à la charge de sensation que ce corps peut porter lors d'un mouvement extrême, tout comme il peut dégager un sentiment de légèreté et de beauté à l’état pur.
Du stade foetal où elle se recroqueville pour se montrer en tant qu’être humain à la personne toujours présente par ses formes toujours suggérées, l'acrobate casse nos repères et représentations, nous fait entrer dans son propre monde. Un monde serein comme tortueux , à l'instar des prouesses qu'elle réalise avec son corps.

L’art de la contorsion consiste à utiliser l’entièreté de l’espace qu’offre les jointures d’un corps. C’est une conscience corporelle aigue, un travail rigoureux et minutieux des sensations et des limites de son corps, son partenaire et son outil. Le corps s’arque, les pieds deviennent mains…Avant d’arriver à la position classique, le corps prend conscience de chacune de ses jointures individuellement en partant de ses extrémités et se rend jusqu’à un travail pointu de la colonne vertébrale et du cou : énergie du corps dans l’espace ; métatarses et métacarpes ; poignets et chevilles ; genoux et coudes ; carpés; épaules et hanches ; tronc ; psoas ; obliques ; abdominaux ; dos cambré ; dos courbé vers l’avant ; et finalement, la position classique qui est l’engagement de toutes ses parties réunies pour le soutien de la colonne vertébrale et amener le corps dans une ouverture extrême.

On ne peut pourtant se satisfaire de voir dans la contorsion uniquement un corps objet symbole de fantasmes aux pouvoirs physiques extraordinaires. Pour l’acrobate, la prouesse est une technique apprise et maîtrisée, un besoin personnel de repousser des limites, de les sentir et de les vivre. En contre partie, du point de vue du spectateur, celui-ci va, par projection, voir un moment de mort car il ne saurait exécuter une telle prouesse physique. Elle soulève les passions, les sensations fortes, le sensationnalisme, et inspire courage.

Il n’y a donc plus de forme préétablie, mais une prolongation d’un état intérieur. La technique de même que la temporalité deviennent floues et varient selon le moment. Il n’y avait plus de beau, plus de bon, plus de conventions, mais une recherche vers un corps contorsionniste vide, sans organes, sans émotions, sans idées : un corps miroir, un corps vécu qui évolue dans un devenir. Un corps qui va prendre son sens dans un continuel mouvement entre un vécu intérieur en relation à un monde extérieur
Ce sont ces tensions, entre présentation et représentation, interprétation et projection, conscience et sensations, qui sont ici présentées, à l'extrême. Tordues, folles, torsadées. Twisted.

Platform58 Magazine
Auteur Aurélie Dorianne Wotton
Modele contorsionniste Elena Ramos

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